Chère Consœur, Cher Confrère,
Deux ans déjà d’existence de l’Ordre National des Masseurs Kinésithérapeutes et le Conseil Départemental a renouvelé son premier tiers sortant le 22 mai dernier.
Le nouveau conseil a reconduit l’ensemble des membres du bureau et moi-même dans leurs fonctions.
La première mission départementale est de répertorier tous les masseurs kinésithérapeutes libéraux et salariés. La tâche est longue et complexe. Travailler à partir des bases de données de la DDASS et du répertoire ADELI s’est avéré source de nombreuses erreurs.
Certains masseurs kinésithérapeutes n’exercent plus (ostéo, retraite) d’autres sont décédés mais figurent encore sur les fichiers, d’autres enfin ont quitté le département sans prévenir et sans laisser d’adresse !.
Les membres du bureau et la secrétaire ont été formés à l’utilisation des logiciels qui gèrent le tableau national et la comptabilité. Grâce à cette équipe soudée et travailleuse les inscriptions au tableau de l’ordre avancent (70 à 75 %).
D’autres difficultés sont nées de la perte de dossiers par l’organisme centralisateur du conseil national qui a reçu par courrier et par internet plus de 50000 dossiers d’inscription à traiter avant de les envoyer dans les départements.
Vous comprendrez que certains ne soient jamais parvenus à leur destination départementale.
Nous sommes obligés (comme dans les autres départements) de demander aux consœurs et confrères victimes des erreurs de jeunesse de remonter un dossier. Je comprends leur mécontentement et sollicite leur coopération pour répondre dans les meilleurs délais à notre nouvelle demande de dossier.
Vous l’avez compris, établir le tableau de l’ordre est une tâche gigantesque, qui monopolise notre temps mais pas aux dépens des autres missions qui nous sont attribuées légalement.
Aux détracteurs de l’ordre, aux sceptiques, je propose de réfléchir sur son rôle :
O, « organiser » : c’est la mise en place du tableau. Garantir la validité des diplômes. Connaitre exactement la démographie et les mouvements des professionnels. Définir les besoins régionaux, départementaux tant en salariat qu’en libéral. Guider l’offre et la demande et le numérus clausus dans les IFMK.
R, « rassembler » plus de 65000 consœurs et confrères français et étrangers constitue une nouvelle force. L’ordre et les syndicats représentatifs de notre profession doivent travailler ensemble pour l’avenir de notre profession.
D, « défendre » la profession en luttant contre les différents lobbys qui nous cantonnent dans notre statut d’auxiliaire médical et qui empiètent sur nos compétences. L’ordre c’est aussi la lutte contre l’exercice illégal (faux diplôme, massage). Créer un code de déontologie qui protège et valorise notre jeune profession tout en lui donnant une véritable identité parmi les autres professions de santé. Mais également un code qui prévoit l’évolution vers l’émancipation et l’autonomie.
R, réfléchir à ce que nous voulons être dans l’avenir : quel rôle, quelles compétences, quelles missions de santé. Attention à la réforme du système de santé français qui redistribuera les cartes.
E, élever le niveau des études par accès et équivalence universitaire (bac + 3, bac + 4). Rentrer dans le système européen : LMD.
Devenir une profession majeure avec un accès en première intention à nos soins (les ostéopathes non médecins non kinés l’ont obtenu alors qu’ils ne sont pas des professionnels de santé et qu’ils n’ont jamais au cours de leurs études fait des stages en milieu hospitalier).Accéder à la recherche scientifique par la création de faculté de kinésithérapie
(Physiothérapie dans le langage international) comme cela se fait chez certains de nos voisins européens.
L’ombre au tableau apparait avec la réaction de rejet des nombreux masseurs kinésithérapeutes salariés. Le facteur déclenchant a été le montant de la cotisation pourtant déterminé par les représentants des salariés élus au conseil national.
Ceci est révélateur d’un profond malaise des masseurs kinésithérapeutes salariés qui souffrent de non reconnaissance de leur niveau d’études.
Il existe un phénomène d’écrasement de leur salaire du aux hausses successives et régulières du SMIC qui fait que si nous ne faisons rien, dans moins de cinq ans un MK débutant sera rémunéré au SMIC.
Les grands syndicats hospitaliers se sont ils vraiment penché sur le problème des masseurs kinésithérapeutes salariés depuis ces trente huit dernières années où les études sont passées du niveau bac + 2 à 3 puis 4 et que le décret de compétences à largement évolué ?
Le temps était donc venu que ces consœurs et confrères se rassemblent en créant un syndicat indépendant et représentatif des salariés, (du moins je l’espère).
C’est ce qui a été fait mais je le mets en garde :
Ce syndicat ne doit pas se tromper de mission: ce n’est pas l’ordre qu’il faut dissoudre, c’est le statut du masseur kinésithérapeute hospitalier et libéral qu’il faut changer. Il y a urgence.
Ne pas comprendre que les syndicats représentatifs des salariés et de libéraux et l’ordre national doivent impérativement coopérer dans l’intérêt de toute la profession, est un manque cruel de réalisme qui nous affaiblirait encore.
Concernant les libéraux je rappelle que ne pas être inscrit au tableau rend illégal l’exercice. Par conséquent leur assurance responsabilité civile ne marchera pas en cas de pépin et les caisses d’assurance maladie ne rembourseront plus les soins délivrés aux assurés sociaux.
Le peu d’intérêt susciter par l’obligation d’effectuer des bilans n’est pas en notre faveur. Pourtant c’est un moyen scientifique de prouver notre efficacité et créer une banque de données. Evaluer nos pratiques en est une autre. C’est le début de la maturité qui nous donnera une meilleure reconnaissance et nous fera accéder à un statut professionnel égal à celui d’autres pays. Sur ce plan nous sommes les derniers de la classe.
Tout ceci est très sérieux, il ne faut pas prendre l’ordre à la légère. Nous devons agir en professionnels responsables vis-à-vis de nos patients, de nos futurs consœurs et confrères, des pouvoirs publics et des professions médicales qui nous observent.
Grandir ou faillir, je crois que nous n’avons pas le choix. L’heure n’est plus au rejet des organismes qui nous représentent. Toute autre attitude nous condamnerait d’avance.
J Desse